Karine Infante: Gérante dans la restauration

🔸Type de structure ? 

   SARL familiale de 9 salariés

🔸Secteur d’activité ?

Notre société a deux activités : un restaurant et une production de germes de soja: nous sommes donc dans la production de produits alimentaires

🔸Statut dans l’entreprise ? 

Associée, gérante et salarié : chargée de développement et de communication

🔸Quelles sont les différents impacts de la crise sur votre entreprise ? 

Dès l’annonce de la fermeture des restaurants, nous savions que l’heure était grave. Nous avions vécu une période difficile pour remonter nos chiffres 2019, suite à la crise des Gilets Jaunes. Le début de cette année a été porteur de beaucoup d’espoir, nous venions de rénover notre salle de réception, repenser notre offres pour les mariages et évènements, et nous avions revu nos prix et nos tarifs. Tout avait bien commencé pour nous ! La fermeture de notre établissement plus de 15 jours sans aides directes du gouvernement a scellé notre destin.

🔸Quelles sont les difficultés liées à cette crise, spécifiques à votre secteur d’activité ?

C’est très simple, les chef(fes) d’entreprise qui, comme nous, fonctionnent à flux tendu, n’ont aucune solutions d’avance de trésorerie. Les banques nous refusent les prêts proposés par l’état, nous refusent les découverts, nous pouvons obtenir dans le meilleur des cas une aide qui peut évoluer jusqu’à 5000e si nous sommes éligibles à tous les critères qu’ils nous demandent. Mais faudrait il encore que ces sommes soient attribuées dans un délai convenable de 15 jours max. Concernant les salariés, nous pouvons les placer en chômage partiel certes, mais nous devons avancer les règlement de leur paie donc si nous n’avons pas de trésorerie et bien nous ne pourrons payer nos salariés. Les reports d’échéances ne sont en rien des solutions car nous paieront toutes les majorations en plus de l’accumulation des dettes. Les loyers sont dûs et les propriétaires se retrouveront avec des locataires qui ne pourront les payer. Bref c’est le serpent qui se mord la queue ! 

Pour faire cours, les che(fes) d’entreprise serviront de banquier pour l’état qui se déresponsabilise complètement dans la gestion de cette crise autant sanitaire que économique.

🔸Avez-vous déjà perçu une aide financière de l’État ? 

A ce jour, je n’ai ni reçu le remboursement du chômage partiel effectué non sans difficulté par mon expert comptable ( site non opérationnel), ni les 1500 e validé sur le site de l’Urssaf. 

🔸Êtes-vous satisfaite du plan d’aide aux entreprises mise en place par le gouvernement ?

Nous sommes piégées dans cette gestion de crise. Beaucoup de discours, et des effets d’annonce c’est pourquoi les problématiques sont nombreuses :

1) Des mesures bien sous évaluées : on ne sauve pas des entreprises avec 5000 e d’aide maximum quand elles font jusqu’à 1 million de CA ! Et quand est il de celles qui font plus de CA et qui ont plus de 10 salariés ? Je ne parlerai même pas de celles qui sont en Redressement judiciaire ou en prud’homme vis à vis d’un salarié ?

2) Des effets d’annonces car ni les banques ni les propriétaires ne jouent le jeu. ( sources sondage effectués par moi même, collectif entreprise en détresse) Pas de trésorerie donc le salarié n’est pas payé, fournisseur pas payé, cessation de paiement et redressement judiciaire!

3) Des délais intenables et illogiques ? on ne sait pas quand est ce que nous seront indemnisés et pour un gestionnaire c’est insupportable ce doute de ne pouvoir anticiper, préparer un plan b ou maitriser l’impact des conséquences…

4) Trop d’interlocuteur tue l’interlocuteur… Qui est l’organe de contrôle qui va nous transmettre des éléments clairs, et s’engager sur les délais ? 

5) Absences totales des assureurs ! Qui peut faire levier si ce n’est pas nos décideurs?

6) Des organismes professionnels qui n’arrivent pas à se faire entendre auprès des décideurs ! CPME et MEDEF ont obtenu 1250e sans aucune démarche.

🔸Que prévoyez-vous pour l’après covid-19 ? 

Dans un premier temps, je vais essayer de donner le maximum pour la protection de mes salariés; plus de 25 ans chez nous pour les plus anciens, nous sommes devenus une vraie famille et c’est un arrache coeur de devoir les licencier.

Une entreprise qui aurait dû avoir 30 ans ce 29 octobre 2020, nous allons devoir prendre nos responsabilités et la gérer en bonne mère de famille pour assurer la suite. Licencier sera inévitable, réduire l’activité, maintenir le temps de rembourser les dettes et très certainement fermer. Nous ne savons pas quand est ce que nous allons sortir de crise sanitaire déjà, alors n’imaginons même pas les délais que nous allons devoir tenir pour sortir de la crise économique qui va nous impacter de plein fouet. 

Je pense que l’après Covid va être vraiment différent pour tout le monde, cette crise nous sensibilise sur tous les plans.  J’avoue que je n’ai jamais passé autant de temps avec mes enfants, chez moi à apprécier et à m’émerveiller devant de toutes petites réussites du quotidien. Et rien qu’en cela le COVID aura changé ma vision de entrepreneuriat en tant que MOM preneur d’aujourdhui ! 

Recommencer ne me fait pas peur, j’en serai à ma 7e entreprise, mais recommencer en intégrant tous ces nouveaux paramètres me sera forcément bénéfique ! Soyons juste conscients que nous ne pourrons que compter sur nous même alors autant se donner le choix de faire ce qu’on aime tous les jours ! 

Beaucoup de courage à tous pour traverser ces difficiles étapes qui arrivent à grand pas…ce ne sera jamais que la fin d’un cycle ! et le début d’une nouvelle aventure !!! L’éveil des consciences est en marche.

Coeur-dialment,

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